L’importance de se déconstruire.

Cela fait un moment que je cherche comment écrire cet article. Ce sujet me tient à coeur, mais c’est quelque chose dont j’ai pris conscience relativement récemment et je vous avoue avoir peur de ne pas trouver les bons mots pour exprimer ma pensée. Mais quoi qu’il en soit, au moins, il aura le mérite d’exister.

Si vous avez été sur les réseaux sociaux récemment, vous avez probablement dû entendre parler des accusations contre les rappeurs Moha La Squale et Roméo Elvis, et vous avez également pu constater les commentaires que cela a entrainé envers Angèle. Rassurez-vous, je ne vais pas vous refaire toute l’histoire, mais plutôt vous raconter ce que cette histoire m’a fait comprendre de moi, et de notre société.

Je ne suis pas fière de l’avouer, mais j’ai moi aussi fait partie des personnes qui se sont dit de Roméo : « Au moins, il s’excuse, c’est bien », pardonnant son acte quasi immédiatement et le rangeant dans la catégorie « mec bien » (peu importe ce que ça veut dire). Fort heureusement, la voix de Fiona Schmidt (à suivre de toute urgence) m’a rappelé à la raison : « Un mec bien, c’est un mec qui n’agresse pas les meufs« . Ah oui, c’est pas faux.

Mais alors, si ça me parait aussi évident qu’un mec bien n’est pas un mec qui s’excuse après avoir commis une agression, mais un mec qui n’agresse pas, pourquoi est-ce que ça a pourtant été ma première réaction ?

J’ai alors pris conscience de tous les préjugés, les idées reçues que je pouvais avoir, sans même m’en rendre compte, et qui affectaient mon raisonnement et mes réactions initiales. Et j’ai dû admettre alors que notre société, et moi également, malgré moi, étions beaucoup plus indulgents envers les hommes.

La femme doit être sage, calme, docile, tempérée, irréprochable, raisonnable. Ah ça, combien de fois est-ce que j’ai entendu « Chloé, sois raisonnable », ou « Calme toi », ou « Tu exagères » à chaque fois que j’essayais d’exprimer ma colère ou mon agacement par rapport aux réflexions qu’on pouvait me faire en cours, au travail ou dans la rue.

Les hommes à l’inverse, on cherche toujours à excuser leurs comportements : « c’est une autre génération », « c’était une blague » (clairement la pire des excuses), ou, mon petit préféré « il ne savait pas ». Ce dernier, même moi je l’ai utilisé pour excuser l’auteur des agressions sexuelles que j’ai subi. Il ne savait pas, personne ne lui a dit que le consentement c’était important, c’est de ma faute, je n’ai pas été assez claire… Encore une fois, la responsabilité revient à la femme. C’est elle qui doit savoir, c’est à elle d’être responsable, et c’est à elle de s’éduquer et de tout faire pour ne pas déranger, choquer, distraire l’homme.

Je ne vais pas vous mentir et dire que non, je ne me suis jamais surprise à penser qu’une fille était habillée de manière « non appropriée » (qui détermine ce qui est approprié ou non?), ou à avoir d’autres réflexions qui ne correspondent pas aux valeurs féministes que je défends. Et cela m’a longtemps fait culpabiliser et m’a donné l’impression d’être une mauvaise féministe, d’être une hypocrite, d’être illégitime. Alors que très sincèrement, je ne pense pas que quelqu’un soit né en ayant toutes les réponses à ce sujet. Devenir féministe ça se construit, et pour ça, il faut d’abord se déconstruire, et se libérer de nos préjugés et idées reçues qu’on nous a inculquées dans l’enfance.

Alors pour se déconstruire, qu’est-ce qu’on fait ? Qui que vous soyez, peu importe votre identité, vos expériences, votre vécu, la première chose à faire selon moi est d’écouter. Écouter le témoignage de victime, de personne avec une expérience différente de la vôtre, avec un ressenti différent du sien, un point de vue différent du sien. Mais vraiment écouter, même et surtout si ça nous place dans une situation d’inconfort. Et pas uniquement faire semblant et détourner le sujet dès que possible

Et puis discuter, confronter son point de vue à celui d’autres personnes. Ouvrir le dialogue. Lire des oeuvres. Voir des films. Ecouter des podcasts. Et surtout, surtout accepter qu’on a pas toutes les réponses, accepter qu’on peut se tromper, qu’on peut encore avoir des préjugés. Je pense qu’il est important justement de prendre conscience de ses préjugés, des idées reçues qu’on a tous en nous pour pouvoir construire notre raisonnement sans se laisser influencer par ces parasites.

Bien évidemment, cet article n’engage que moi. Il ne s’agit que de ma vision des choses, de mon ressenti. Et je serais plus que ravie d’avoir vos retours en commentaire et qu’on discute de tout ça tous ensemble.

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